Un événement organisé le 26 mars 2026 par le Centre Hospitalier Agen-Nerac en collaboration avec l’ERENA site Aquitain dans le cadre des Etats Généraux de la Bioéthique 2026.
Un grand merci aux 60 participants à cette rencontre !
Sobriété dans les soins, sobriété des soins, sobriété en santé, pertinence des soins… De nombreuses notions se retrouvent derrière ce terme de sobriété.
Lorsque l'on pense "sobriété", on pense souvent "austérité", mais la sobriété va plus loin que l’austérité. Penser la sobriété exige de définir ce dont on a besoin. En santé, il est plus difficile de définir ce que serait la sobriété : la santé, ce n’est pas uniquement ne pas être malade, être en "bonne santé", c’est aussi une volonté de la « vie bonne ». "La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité." (Préambule de la Constitution de l'Organisation Mondiale de la Santé, 1948).
Dans son intervention, Judith Fischer, infirmière, formatrice et philosophe, a exploré les différentes visions de ce que peut être la sobriété en santé.
Les mots économie, austérité et surtout juste soin ont souvent émergé des débats, illustrant la diversité des perceptions et des enjeux éthiques liés à cette notion.
Qu’est-ce que serait un « bon » consommateur de soin, sobre ?
Au-delà de cette de cette logique de « consommation des soins », nous sommes actuellement dans une logique de « surconsommation des soins ». cet état crée des tensions entre les principes de liberté de choix de la personne et de solidarité. Mais une « mauvaise » consommation des soins est aussi de la responsabilité du système de santé, avec l’exemple un peu caricatural d’un patient très en demande et un médecin ayant toujours une réponse de traitement à lui proposer. La sobriété est aussi une notion ambivalente : elle ne se veut pas synonyme de restriction, cependant, nous ne pouvons ignorer la réalité de surconsommation et de surprescription de soins et de traitements. Etre sobre en santé pourrait signifier s’en tenir à une quantité et une qualité de soins dit "utiles", qui correspondrait à une norme de santé.
Est-ce que sobriété des soins, est-ce avant tout efficacité des soins ou la primauté du "cure" sur le "care" ?
La prévention en santé est sous-investie alors qu’augmenter les actions de prévention réduirait les soins curatifs. La sobriété des soins hérite aussi de l’aspect environnemental, de l’impact de la crise climatique sur l’environnement.
La sobriété des soins, est-ce surtout la sobriété dans les dépenses de soins ?
Est-ce que soigner, c’est obligatoirement prescrire toujours plus d’actes techniques, toujours plus de médicaments ?
- Nous sommes dans une culture du « faire » qui valorise le « faire » : ce qui est tracé, « visible », est ce qui est fait. Il faudrait sensibiliser les personnes à ne pas rester dans cette « course au soin », au "traitement avant tout, à tout prix", alors que le temps de l’accompagnement de la personne et de son entourage n’est pas valorisé. En effet, soigner, c'est aussi une posture, une présence, une relation... Une parole à contre-courant dans notre environnement très technique, très technologique.
- Il y a une tension, un paradoxe créé par ce que permet la science, les coûts de l’innovation en santé et cette espèce de primauté d’une excellence technique, médicamenteuse, qui rentrent en conflit avec la nécessité de sauver le système de santé, cette question de la soutenabilité de notre système de santé. Cette question entre aussi en tension avec le développement débridé de l’IA en santé qui a un très fort impact écologique.
- On a effleuré l’importance de l’aspect culturel de notre rapport aux soins : en France, on a une approche du soin comme celle d’un droit, un « dû » qui crée, du côté du soignant, une obligation, une « obligation de moyens ». cette obligation met en demeure le médecin de mettre en oeuvre tous les moyens à disposition pour soigner. Que va-t-il advenir de cette logique alors que l'IA se déploie en santé ? Va-t-elle devenir une prestation que le médecin va devoir au patient ? Quel devenir pour la sobriété dans le monde de l’IA ? Quel impact écologique pour ce déploiement fulgurant de l'IA ? Pourrait-il y avoir dans le futur, dans le cas d'une crise climatique majeure, une nécessité de priorisation des soins ?
La sobriété doit être une réflexion collective pour la soutenabilité de la vie sur Terre.
Quelques recommandations discutées lors de la conférence :
Il serait intéressant de travailler à notre représentation de ce que signifie « être soigné » : parfois, ne pas prescrire, ne pas consommer de médicament, mais écouter peut être soigner, peut être un soin. Ivan Illich, dans "Nemesis médicale, l’obsession de la santé parfaite", décrit cette situation du soin à tout prix : "plus grande est l’offre de santé, plus les gens clament qu’ils ont des problèmes, des besoins" : dans cette vision, il serait normal de d’exiger du médecin des soins, des médicaments à tout prix. Nous sommes dans une culture de la "quantité de vie" et non de la "qualité de vie". La sobriété serait un soin suffisant. Il s'agit alors de changer la mentalité de l’usager consommateur.
Travailler aussi sur les modalités de délivrance des médicaments en pharmacie, où toute la boîte de médicaments est délivrée, pas uniquement le nombre de comprimés nécessaires. La question de la gestion des médicaments à l’hôpital est cruciale aujourd’hui : comment réduire le gaspillage ?
Mieux valoriser financièrement le temps passé au lit du patient, dans la relation de soin, dans l’écoute. Le patient a autant besoin d’attention, d'écoute, d'être en relation que de recevoir des soins techniques ou des traitements médicamenteux.
Pour en savoir plus :
Rapport "LA SOBRIETE DANS LE SOIN – PRINCIPE CIVIQUE DE SOLIDARITE", Académie Nationale de Médecine, décembre 2025











